Les Rendez-vous du RQASF

CONFÉRENCE PUBLIQUE DE
Me Esmeralda M.A. Thornhill
Regard sur le racisme :
irréfutable déterminant de la santé

NOVEMBRE 2015

LES RENDEZ-VOUS DU RQASF
présente

Regard sur le racisme: Irréfutable déterminant de la santé

CONFÉRENCE PUBLIQUE
DE Me Esmeralda M.A. Thornhill
Professeure de droit
L’Université Dalhousie

le samedi 28 novembre 2015 de 15 h à 17 h,

dans les bureaux du RQASF
sis au 4245 avenue Laval, à Montréal

L’entrée est gratuite, mais une contribution volontaire est suggérée.

conference_thornhill_b

Regard sur le racisme :
irréfutable déterminant de la santé

© 2015 Esmeralda M. A. Thornhill

Sommaire

Introduction

La notion de la ‘race’ et le phénomène du Racisme constituent des facteurs sociaux persistants de l’environnement social au Canada. Le racisme affecte directement la santé physique, physiologique, psychologique, émotionnelle et mentale des individus ciblés. De plus, le racisme détermine même leur accès aux services de santé. Bref, pour les personnes racisées, le racisme influe leurs choix de vie de manière prépondérante.

Largement méconnu, nié, et donc sous-étudié, le racisme s’avère un fait historique, et se présente comme un facteur social persistant et omniprésent dans le paysage social de tous les jours. Une injustice sociale déplorée à tous les coins de rue, et un vecteur ou véhicule sournois de la violence, le racisme est une réalité concrète, tangible et palpable. En même temps, le racisme se révèle un générateur ou une source d’inégalités sociales pour les personnes racisées qui eux, sont obligées de s’y confronter, sans relâche…

Mais, qu’est-ce que le racisme? Comment l’identifier? En quoi exactement consiste le racisme? Comment se présente-t-il? En tant que société, reconnaissons-nous le racisme? Sommes-nous informés, sensibilisés et alertes ou éveillés, à ses multiples manifestations? Sommes-nous en mesure de vraiment saisir l’ampleur de la dynamique du racisme? Sommes-nous capables d’en parler? Autrement dit, maîtrisons-nous un lexique exact qui nous permette de décrire, d’identifier et d’articuler avec précision les diverses manifestations du racisme?

Le racisme: une réalité matérielle vécu par les communautés racisées

Nous les personnes racisées, nous témoignons un long et intime vécu avec le racisme. Au point où nous le comprenons dans ses multiples dimensions. Par exemple, à partir de notre vécu, nous constatons que le racisme se manifeste sous trois (3) formes qui ont, chacune, une incidence néfaste sur notre santé : le racisme institutionnel, le racisme individuel, et le racisme intériorisé.

À cause de nos expériences soit individuelles, soit collectives, nous les membres des communautés racisées, nous saisissons et comprenons la vraie réalité matérielle de l’exclusion sociale basée sur la ‘race’, dans toute son ampleur et sa complexité. Par exemple, l’exclusion social se déroule simultanément à quatre (4) niveaux distincts, soit : 1) L’exclusion de la société civile, 2) l’exclusion des biens et bénéfices de la société, 3) l’exclusion de la production sociale et 4) l’exclusion économique. Pour nous qui vivons sur les lignes de front où nous sommes quotidiennement ciblés par le racisme, sa violence nous bombarde inlassablement. Et afin de cerner et exposer la violence inhérente dans le racisme, examinons deux aspects ou éléments importants du racisme : l’agression et l’exclusion (sociale).

Parce que nous le vivons de façon tangible et palpable, nous les membres de groupes racisées souvent percevons le racisme avec une perspicacité expérientielle bien aiguisée… un peu comme lorsque l’on contemple un iceberg. Nous les habitués, nous voyons et identifions le racisme, pas uniquement à partir de sa simple pointe ou sommet visible qui surplombe, montant au-dessus de la surface de l’eau, NON. Plus important, nous les victimes-survivants chevronnés nous constatons le racisme dans toute sa profondeur, son intensité et son énormité, et ce, malgré le fait que tout comme l’iceberg, la magnitude du racisme demeure furtivement submergée, cachée, et pas immédiatement visible aux yeux des profanes.

Les micro et macro-agressions

Prenons à titre d’exemple concret, les « propos racistes » ou « insultes raciales », couramment banalisées en anglais avec l’apaisante étiquette de “racial slurs”. Le terme ou phrase “racial slurs” ou « des propos racistes » se révèle comme beaucoup plus que du simple langage offensif. Ces termes insidieux masquent avec efficacité le concept d’ agression continuelle—la foule de macro et microagressions qui visent les personnes et groupes racisés. Il s’agit de micro et macroagressions qui nous assaillissent, nous blessent, nous traumatisent et nous cicatrisent inlassablement… sans répit.

Pour nous, ce sont les termes « macroagression et microagression » qui cernent avec précision la violence perverse qui trop souvent passe furtivement camouflée et masquée par des mots apaisants et inoffensifs. En réalité, il s’agit d’ un langage abusif et violent qui blesse—des mots qui moquent, raillent, narguent et rongent l’estime de soi des personnes ciblées. La perspective expérientielle acquise par notre long trajet avec le racisme, nous enseigne que ni le mot « propos » ni le terme anglais “slur ne captent guère l’immensité de cette transgression raciale. Pour nous, le mot apte et juste qui décrit notre parcours avec le racisme serait plutôt « agression » – « agression » capte et précise la nature violente du racisme. L’agression ainsi que les concepts de macro et microagressions nous permettent de mieux identifier et davantage nuancer les divers types d’agressions ou attaques à caractère racial dont nous sommes frappés de façon routinière, notamment : « Microattaques– microinsultes – microinvalidations. »

Car croyez-le ou non, chaque jour dans des contextes académiques, sociaux, ou publiques, inexorablement, nous les personnes racisées nous retrouvons sans relâche les cibles de myriades de macro et micro-agressions que nous vivons des fois comme soit des micro-attaques,i soit des micro-insultes,ii soit des micro-invalidations.iii Peu importe, il s’agit là d’une agression verbale… d’un abus verbal… d’une transgression raciale.

Un fléau violent et traumatique, le racisme doit être compris comme une réalité matérielle qui est vécue et ressentie par les personnes racisées de manière individuelle, et collectivement, par les familles, les communautés et les nations à travers des interactions avec l’environnement quotidien et de par ses structures. La vérité? Le racisme est toxique. En fait, le racisme empoisonne la vie des personnes et des institutions, et même les espaces sociaux et professionnels – parfois silencieusement, parfois secrètement, d’autres fois de manière immédiate ou pendant longtemps, mais toujours de manière injuste. Le racisme engendre des injustices sociales.

Les effets délétères du racisme sur la santé

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les inégalités sociales « tuent à grande échelle ».iv Or, il nous incombe de mettre un visage et de donner une voix aux inégalités que déclenche le racisme, particulièrement aux inégalités sur le plan de la santé, qui existent chez nous. Le racisme s’affiche comme un déterminant clé de la qualité de vie des personnes racisées qui sont appelées à se confronter à ses multiples manifestations jour après jour… et à survivre à ces attaques.

Les effets du racisme sur la santé sont délétères. En plus d’innombrables vies fauchées, et des aspirations éteintes ou mises à l’écart, les individus racisés paient un lourd tribut aux ravages du racisme sur la santé.

L’inventaire des effets néfastes est long. Citons à titre d’exemple :

  • L’anxiété, le manque de concentration, la peur, l’insomnie, les cauchemars, les troubles de sommeil, les troubles alimentaires, l’obésité, l’anorexie, les migraines, la calcification, l’asthme chez l’adultev, l’inflammation, notamment chez les femmes, le travail prématuré pour les femmes enceintes, le trauma, le cancer, le suicide…

Des études démontrent un lien direct entre le racisme et une constellation de maladies couramment surnommés « Les tueurs silencieux ». Par exemple :

  • Le diabète Type 2 est un « ennemi caché » et un « tueur silencieux » parce qu’il provoque des changements qui rendent les gens malade pour le restant de leur vie.
  • L’hypertension artérielle, souvent surnommée un « tueur sournois » en raison de l’absence de signes ou de symptômes manifestes, l’hypertension fait ses ravages sur le corps interne, furtivement, à notre insu, aboutissant souvent à des maladies cardiovasculaires.
  • En plus, il y a toute une pléiade de désordres reliés à la santé mentale et qui gravitent autour du Stress omniprésent.

Des lacunes sérieuses au niveau du système de la santé et des services et soins médicaux

Lorsqu’on parle de racisme, il existe des lacunes sérieuses à combler au niveau du système de la santé et des services et soins médicaux à plusieurs niveaux :

  • L’accès et le diagnostic
    Les erreurs de diagnostic ou l’interférence du stéréotypage racial qui entraînent des actes d’omission et de commission, lesquels à leur tour aboutissent parfois à des erreurs fatales – causées peut-être par une latitude discrétionnaire sans entrave – du mépris – une attitude cavalière ou inattentive – l’imprévoyance – un manquement à ses devoirs professionnels
  • Le traitement
    Une pauvre qualité d’informations, une carence affective, manque d’initiatives proactives ou préventives aboutissant à ce que des personnes racisées, soient trop souvent maltraitées avec impunité par le système de santé—institutions et individuels—comme si elles n’étaient pas des patients ou des usagers face auxquels le système est redevable.
  • La recherche
    En principe la norme qui informe et gère la recherche médicale demeure un normatif blanc et surtout mâle, ce qui explique l’absence générale de personnes racisées dans la conception, le déroulement et les rapports des essais cliniques, des banques de tissus et organes, la collecte de données…
  • L’ignorance quant aux maladies génétiques telles l’anémie falciforme ou les chéloïdes, et des moyens et méthodes qui pourraient réguler réduire ou améliorer la formation de ces cicatrices.
  • Un counselling (psychologique ou psychiatrique) non approprié qui passe sous silence ou ne tient pas compte du rôle de la ‘race’ et le racisme dans la réalité des patients racisés.

CAVEAT : Il est impossible pour un médecin ou conseiller thérapeutique de traiter un patient racisé de façon efficace sans tenir compte —i.e. sans être conscient ou informé—du rôle de la ‘race’ et le racisme dans sa vie!

Conclusion

Bref, le racisme, une injustice sociale, infecte notre système de santé, imposant aux personnes racisées des fardeaux onéreux.

D’un point de vue juridique, combattre et éliminer le racisme est une obligation d’ordre publique, et ce en vertu de notre Charte québécoise des droits de la personne, de notre Charte constitutionnelle des droits de 1982 et de multiples conventions internationales que le Canada a ratifiées comme État membre de la Communauté internationale.

Par conséquent, combattre et éliminer le racisme devrait s’inscrire comme une priorité sur le programme de santé publique au Canada. Car le racisme a un effet indéniablement délétère sur la santé des personnes racisées en même temps qu’il infecte notre système de santé et leur entrave l’accès.

Quelques recommandations à considérer

  1. Reconnaître le racisme comme un facteur social qui détermine la santé et la qualité de vie pour des personnes racisées.
  2. Commencer à rendre visibles le racisme et ses effets néfastes sur la santé des personnes et groupes racisés dans les rapports, les budgets, les discours officiels, la recherche, les planifications stratégiques.
  3. Ventiler ou désagréger la collecte de données car le normatif blanc n’est pas une norme universelle ou bénine pour les personnes racisées.
  4. Reconnaître que le racisme environnemental et son incidence sur les populations sans pouvoir demeure un champs en jachères qui n’ attend que notre examen attentif.
  5. Au niveau de la quantification des dommages – des sommes futiles ou risibles doivent être remplacées par des montants réalistes et raisonnables qui tiennent compte des impacts adverses du racisme sur la santé des personnes racisées.
  6. L’image collective des pourvoyeurs des services de santé devrait mieux refléter l’image collective et les perspectives des populations racisées desservies, à tous les niveaux.

Notes de références

iMicro-attaques : des actions ou « propos » conscients ou intentionnels (svastika – servir un Blanc avant un Noir au comptoir du restaurant)

ii Micro-insultes : Communications verbales et non-verbales qui télégraphent impolitesse (rudeness), manque de sensibilité, qui dégradent l’identité raciale de l’individu (Comment est-ce que vous avez réussi à obtenir cet emploi?)

iii Micro-invalidations : des communications qui de façon subtile excluent, nient, ou nullifient les pensées, sentiments ou réalité expérientielle d’une personne de couleur (Dis-donc, de quelle île venez vous?)

iv Organisation mondiale de la santé (OMS), « Les inégalités «tuent à grande échelle» » Communiqué de presse le 28 août 2008. « Un rapport de l’Organisation mondiale de la santé – Les inégalités sociales tuent à grande échelle. L’organisme prône l’instauration de systèmes de santé publics » Le Devoir Montréal le 29 août.

v Aux E-U, ASTHME- Des patients noirs asthmatiques se présentent affichant une plus grande morbidité et mortalité, reçoivent des soins/traitement inférieur/sub par, et sont hospitalisés plus fréquemment.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *